Le bon, la brute et le truand

 "Mes toiles-étoiles" ou "le cinéma et moi, et mois : émois"

N°5 : "Le bon, la brute et le truand" film de Sergio Leone, 1966

Je crois bien que "Le bon, la brute et le truand" est le film que j'ai vu le plus grand nombre de fois et que je continue à revoir de loin en loin avec presque autant de plaisir que la première fois. Je ne l'ai pas vu quatorze fois d'affilée comme avait pu le faire pour "Orange Mécanique" une copine de Fac, amoureuse de Malcom McDowell mais le nombre total de vues doit s'en approcher.

Etrangement, les premières fois que j'ai vu des images de cette épopée c'étaient des bribes de quelques minutes diffusées à la télévision lors de "La Séquence du spectateur". C'était une émission diffusée le dimanche vers midi et les extraits de films étaient, me semble-t-il, demandés par les téléspectateurs. Souvent il s'agissait du même extrait, un des plus jubilatoires du début du film, celui où Blondin livre Tuco à un shérif quelconque, encaisse la prime de sa capture et tire à la carabine sur la corde au moment crucial où il va être pendu. Ils se partagent ensuite la récompense. La combine se reproduisant avec plus ou moins de succès  jusqu'au moment où Tuco devient plus exigeant et où Blondin, le bon, cesse d'être son ange gardien et lui fait subir une sévère leçon.

Ces visionnages des extraits de la Séquence, ce devait être en 1968 et les deux ou trois années suivantes où j'habitais encore à la maison des parents. Le film en entier, je ne l'ai vu qu'en 1976 ou 1977, à Paris, le paradis des cinéphiles de cette époque. Je crois bien que c'était même au Brady ou dans une salle voisine dans le 10° arrondissement  lors d'un Festival de Westerns spaghetti. Plus tard, je l'ai revu et enregistré sur cassette VHS à la télé, en Martinique, ce devait être vers 1988. Depuis cette période héroïque, j'ai eu l'occasion de le voir de multiples fois en DVD et en Blu-ray. Je le connais presque par cœur mais je me régale à chaque fois, presque trois heures de jubilation. C'est cruel et immoral à souhait mais tout autant humoristique et virtuose dans sa mise en scène.

Je viens de me rendre compte, en cherchant des images avec Google que j'avais connu, sans le savoir, les décors du tournage dans le désert d'Almeria en Espagne lors de vacances avec mes parents en 1968, soit presque dix ans avant d'avoir vu le film qui était sorti en 1966. Mon père avait photographié toute la famille devant le Saloon, à côté d'un chariot de pionniers et autres lieux utilisés. (J'en avais d'ailleurs parlé dans une série précédente sur Facebook et mon autre blog, le 1 septembre 2022 : "Mes déclencheurs de boulimie imagière – N°4 L'Edixa Prismat".)

Sur Flickr, un certain Nick a posté une série d'images prises en février 2009, où je retrouvais les bâtiments de bois photographiés par mon père qui avaient bien vieillis mais étaient encore reconnaissables plus de quarante ans après le tournage. Mes parents avaient trouvé l'info sur un guide Michelin : dans le désert d'Almeria restaient visibles les décors de tournage de westerns spaghetti. Le gardien du lieu nous avait confirmé qu'il s'agissait bien de décors de cinéma mais ne connaissait pas les titres des films.

Le plus méchant des trois personnages principaux : Sentenza, joué par Lee Van Cleef, je le connaissais à travers le dessin  de Morris et l'imagination de Goscinny. C'était dans le "Chasseur de primes" de Lucky Luke paru en 1972. D'autres BD que j'avais lues dans les pages d'actualité de Pilote en 1968 et 1971, traitaient globalement et de manière humoristique des westerns spaghetti "al dente". On retrouvait les délires des auteurs maison comme Goscinny, Gotlib et Gir. Jean Giraud avouera lors d'interviews tout ce qu'il doit aux westerns italiens dans le virage radical que prendrons les aventures de Blueberry  vers cette époque à partir de "La mine de l'allemand perdu" et sa suite "Le spectre aux balles d'or".

En regardant dernièrement les bonus du Blu-ray du film de Leone et en comparant les dates de production, je me suis rendu compte de tout ce que devait "El Topo" de Jodorowsky au western spaghetti et à Sergio Leone en particulier. Les insectes, les déserts, les culs de jatte, les amputés, les cicatrisés, la mauvaise fois, la violence, la sueur, la crasse, les associations mal assorties, tout était déjà là dans "Le bon, la brute et le truand".

La dernière partie du film, celle ou les trois personnages arrivent au cimetière de Sad Hill, est une chose qui vous marque à vie. Est-ce le grandiose du paysage circulaire avec ses 8000 tombes autour de la place centrale empierrée ? Est-ce la musique si symbiotique d'Ennio Morricone qui tapisse les mouvements panoramiques de la caméra ? Le suspens ? Les gros plans sur les visages des duellistes ? Certainement tout ça à la fois, mis en scène par un Sergio Leone en état de grâce, maîtrisant son bouquet final comme il avait dompté le reste de ses feux d'artifices

Les affiches du film © 1966/2014 MGM/UA.

La Séquence du spectateur © ORTF.

De la cassette VHS au Blu Ray.
"
Le générique du film (version anglaise)

Tuco dans ses œuvres.

Sentenza, l'implacable.

Les décors du film dans le désert de Tabernas, près d'Almeria, Andalousie.
Les images encadrées de noir sont celles du film (1965-66), celles encadrées de rouge sont les images de mon père prises en août 1968, celles encadrées de vert celles postée par Nick sur Flickr.

Les bandes dessinées qui ont été plus ou moins inspirées par le Bon, la brute et le truand. Morris et Goscinny pour le 39° album de Lucky Luke : "Chasseur de primes" © 1972 Dargaud, Gir et Goscinny pour "Western italien" 2 pl. (en fond) © 1968 Pilote Pocket N°2, Jean Giraud et Jean-Michel Charlier pour les 11° et 12° albums de Blueberry "La mine de l'allemand perdu" et "Le spectre aux balles d'or" © 1972 Dargaud, Gotlib "Spaghetti-western" 4 pl. dans "La Rubrique à brac" tome 2, © 1971 Dargaud (en négatif).  

Des images d'"El Topo" d'Alejandro Jodorowsky (cadres gris) influencés par le film de Sergio Leone (cadres noirs).

La vengeance de Tuco sur Blondin et le secret du sudiste Bill Carson.

En pleine guerre de sécession, Tuco et Blondin font sauter le pont qui les sépare du trésor.

Le cimetière de Sad Hill qui abrite le trésor de Bill Carson.

Le duel triangulaire final au centre de Sad Hill.

Les trois belligérants ne sont pas vraiment à égalité.

Tuco tout à la joie de palper le trésor déchante parce qu'il doit subir le châtiment de Blondin, retour à la case départ.

Dernier retournement, Blondin libère Tuco de sa fâcheuse posture.

"Western italien" - Gir-Goscinny Pilote Pocket N°2 octobre 1968 p108-109 - © Dargaud


"Western italien" - Gir-Goscinny Pilote Pocket N°2 octobre 1968 p110-111 - © Dargaud
"L'Hémoglobine est dans le vent" - Gir - Pilote N°629 du 25-11-1971 page 11 © Dargaud
"Western-spaghetti" dans la "Rubrique à brac" - T2 - Marcel Gotlib - pages 80-81 ©1971 Dargaud

"Western-spaghetti" dans la "Rubrique à brac" - T2 - Marcel Gotlib - pages 82-83 ©1971 Dargaud


Les dix premières planches de "Chasseur de primes" de Morris et Goscinny © 1971 Dargaud.








Les dix premières planches de "La mine de l'allemand perdu" 11° album des aventures de Blueberry par Gir et Jean-Michel Charlier © 1972 Dargaud.







Le désert de Tabernas, près d'Almeria en Espagne où fut tourné "Le bon, la brute et le truand" les photos sont de mon père et datent d'août 1968. Toute la famille harassée de chaleur prend le pose devant les décors.








Petite découverte fortuite en feuilletant mes vieux magazines "Pilote" des années 1969, un article sur la publication dans la "Série noire" d'un  bouquin écrit par Joe Millard intitulé : "Le bon, la brute et le truand". C'est paru dans la rubrique "Les Pilotopotins" de Pilote N°493 - 17 avril 1969 et c'est accompagné d'une photo avec Clint Eastwood en haut à droite "Vous m'avez compris".





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

2001, l'Odyssée de l'espace

Sans Soleil